Le syndrome de Rett

Définition

Le syndrome de Rett est une maladie génétique rare qui se développe chez le très jeune enfant, principalement la fille, et provoque un handicap mental et des atteintes motrices sévères. C’est la première cause de polyhandicap d’origine génétique en France chez les filles.
Les principales manifestations de la maladie :
Période d’évolution normale durant 6 à 18 mois puis période de régression avec apparition de :

  • Perte de l’utilisation volontaire des mains entre 6 mois et 30 mois et mise en place de stéréotypies des mains ;
  • Perte ou défaut d’acquisition de la marche ou marche robotisée ;
  • Troubles de la communication et retrait social dès la petite enfance ;
  • Détérioration du comportement, manifestations autistiques ;
  • Altérations sévères du langage et retard psychomoteur ;
  • Retard mental sévère ;
  • Crises d’épilepsie ;
  • Troubles respiratoires ;
  • Déformations orthopédiques ;
  • Ostéoporose…

Aucune personne ne conserve de langage, seulement 20% des patientes conservent la marche et la quasi-totalité ont besoin d’appareillages : fauteuils, corsets, attelles, verticalisateurs…
Il n’existe à ce jour aucun traitement curatif. La prise en charge repose sur une rééducation pluridisciplinaire quotidienne et sur le traitement spécifique de certains symptômes de la maladie (ostéoporose, épilepsie, scoliose, troubles ventilatoires…).

Le syndrome de Rett par le Dr Nadia Bahi-Buisson, Neuropédiatre

Le syndrome de Rett typique (MIM #312 750) est une encéphalopathie neurodéveloppementale très particulière, touchant essentiellement les filles, caractérisée, dans sa forme typique, par une décélération globale du développement psychomoteur, puis d’une perte des acquisitions cognitives et motrices, survenant après une période de développement normal. Il constitue la principale cause de retard mental chez la fille, avec une prévalence variable de 1/10 000 à 1/22 000 naissance féminine dans les différentes régions du monde. Le diagnostic clinique repose sur des critères cliniques qui ont été modifiés avec les années avec l’accroissement des connaissances sur les symptômes de la maladie. Malgré tout, les éléments clés du diagnostic sont toujours présents qui permettent de poser le diagnostic de syndrome de Rett typique ou classique.
Parallèlement au syndrome de Rett typique, un certain nombre de patientes présentaient certains symptômes clés du Rett, mais pas l’ensemble des signes de la maladie. Ces formes ont été dénommées « Rett atypiques ou variantes ». Selon les symptômes associés, on a ainsi pu définir 3 formes facilement reconnaissables : la forme avec préservation du langage, la forme avec épilepsie précoce et la forme congénitale.
En 1999, des mutations dans le gène codant pour Methyl-CpG-binding protein 2 (MECP2) ont été identifiées dans d’exceptionnelles formes familiales du syndrome de Rett et validées dans des formes sporadiques. Aujourd’hui on sait que les mutations et délétions de MECP2 sont retrouvées dans 95 à 97 % des cas des formes typiques. Par contraste, dans les formes atypiques ou variantes, on ne retrouve une mutation de MECP2 que dans 50-70 % des cas. Plus récemment des mutations dans d’autres loci que celui de MECP2 ont été identifiées dans des formes atypiques de Rett. Parmi celles-ci, des mutations dans CDKL5 ont été identifiées dans les formes atypiques avec épilepsie précoce. De la même manière, des mutations dans FOXG1 ont été retrouvées chez des enfants porteurs de formes congénitales.

Pr Nadia Bahi-Buisson
Neuropédiatre

Professeur Bahi-Buisson ne présente aucun conflit d’intérêt financier avec l’industrie pharmaceutique ou laboratoire ou fabriquant

Voir les critères de diagnostic du syndrome de Rett

Génétique et transmission

Le syndrome de Rett (RTT) est une maladie génétique liée à une anomalie du gène MECP2. Le gène MECP2 est situé sur le chromosome X.
Les filles (XX) possèdent deux chromosomes X (donc deux gènes MECP2). Alors que les garçons (XY) ne possèdent qu’un seul chromosome X (donc un seul gène MECP2), et un chromosome Y.
Le diagnostic clinique de RTT est porté essentiellement chez la fille. L’analyse moléculaire du gène MECP2, à partir d’un prélèvement sanguin, permet d’identifier l’anomalie ou mutation présente sur un seul des deux gènes MECP2 de l’enfant atteinte, l’autre gène étant normal. Le syndrome de Rett est considéré comme une maladie dominante liée au chromosome X.
De façon exceptionnelle, la mutation peut survenir chez un garçon qui possède un seul gène MECP2. Le tableau clinique est alors différent avec une encéphalopathie néonatale sévère responsable d’un décès précoce.
Enfin, tout aussi rarement, il a été décrit des garçons présentant un RTT typique. Ces garçons possèdent une formule chromosomique inhabituelle, XXY. La mutation du gène MECP2 est survenue sur un des deux chromosomes X, et s’exprime alors cliniquement comme chez une fille.
Outre le gène MECP2, une présentation clinique atypique du RTT a pu être expliquée par une mutation dans un autre gène, soit le gène CDKL5 soit le gène FOXG1. Toutefois, il s’agit alors d’entités clinique et génétique différentes.

Le conseil génétique a pour objectif d’évaluer le risque de récurrence de survenue de la maladie au sein de la famille.

S’agissant d’une maladie dominante liée au chromosome X, pour la quasi- totalité (> 99,5 %) des filles atteintes de RTT, il n’y a pas d’antécédent similaire dans la famille. Il s’agit donc d’une situation unique dans la famille en rapport avec une mutation récente, survenue de novo chez l’enfant. De façon systématique, l’identification d’une modification du gène MECP2 chez l’enfant conduit à effectuer une analyse du gène chez ses parents pour confirmer l’absence de la mutation chez eux, donc survenue de novo chez l’enfant.
Dans de très rares cas, il a pu être observé que la mère de l’enfant atteinte du RTT porte la mutation du gène MECP2, sans exprimer la maladie ou exprimant des signes a minima jusqu’alors non reliés au RTT. Cette situation, hors du commun, pourrait être expliquée par une inactivation sélective du chromosome X mutée chez la mère.
De même toujours de façon exceptionnelle, il peut s’agir de la transmission d’une mutation présente chez l’un des parents, mais à l’état de mosaïque gonadique. Le terme mosaïque gonadique décrit la présence de deux lignées cellulaires différentes (normale/mutée) confinées au niveau des cellules précurseurs germinales (spermatozoïdes ou ovocytes), non identifiée à partir d’un prélèvement sanguin, et expliquant ainsi que les parents ne présentent pas de signe de la maladie.
Chez un couple ayant une personne atteinte, qu’en est-il du risque de récurrence de la maladie pour un prochain enfant ?
La mutation étant unique dans la famille, le risque de récurrence est considéré comme très faible, si l’on tient compte de la situation exceptionnelle d’une mosaïque gonadique chez l’un des parents. Il est tout à fait possible, si les parents le souhaitent, de vérifier lors d’une prochaine grossesse que l’enfant à venir est bien indemne de la mutation. Un diagnostic prénatal est alors proposé par prélèvement de liquide amniotique au cours du deuxième trimestre de la grossesse (amniocentèse).

Pour la situation exceptionnelle d’une mère chez laquelle a été retrouvée la mutation délétère du gène MECP2, le risque de récurrence du RTT est de 50 %. Un diagnostic préimplantatoire pourra alors être proposé au couple lors d’un projet parental.

Qu’en est-il du risque de la fratrie bien portante ?

La mutation est unique à la personne atteinte, les frères et sœurs, indemnes de la maladie, ne portent pas la mutation du gène MECP2 observée chez leur sœur. N’étant pas porteurs de cette mutation, ils n’ont pas de risque de la transmettre à leur descendance, et leur risque d’avoir une enfant atteinte du RTT rejoint donc le risque de la population générale.

Qu’en est-il pour les oncles et tantes de la personne atteinte du RTT ?

Pour les oncles et les tantes, en l’absence de mutation du gène MECP2 chez la mère de l’enfant atteinte (situation habituelle), leur risque d’avoir un enfant avec un RTT rejoint celui de la population générale.
Dans le cas exceptionnel d’une mère qui porte la mutation délétère du gène MECP2, il conviendra de tester toutes les sœurs (tantes maternelles de l’enfant atteinte) pour vérifier l’absence de la mutation du gène MECP2.

Pr Philippe Jonveaux
Généticien

Retrouver toutes les coordonnées des laboratoires qui sont accrédités pour le diagnostic du syndrome de Rett (MECP2) sur le site d’Orphanet.

Appel à projets 2018

L’une des principales missions de l’AFSR est de promouvoir et encourager la recherche médicale et scientifique sur le syndrome de Rett. L’AFSR a financé depuis sa création plus d’un million d’euros en faveur de la recherche sur le syndrome de Rett.

Cette année encore, nous lançons notre appel à projets annuel, ouvert à l’international. Vous le trouverez en pièces jointes en français et en anglais.

Si vous souhaitez nous soumettre un projet correspondant à nos critères, n’hésitez pas à nous contacter et à nous envoyer votre lettre d’intention avant le 15 mars 2018.

Nous vous serions également très reconnaissants de bien vouloir le diffuser à votre réseau professionnel.

Au nom de toutes les familles touchées par le syndrome de Rett, nous vous remercions par avance. Nous restons à votre disposition pour tout renseignement complémentaire.

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L’AFSR s’implique dans la recherche

Depuis 1990, l’AFSR a financé près d’ 1 000 000 € de projets de recherche grâce notamment aux fonds recueillis par les familles. La qualité de ces projets est garantie par le conseil médical et scientifique. Ce conseil est composé de près de 20 membres : neuropédiatres, généticiens, neurologues, pédopsychiatres…

La recherche peut s’orienter vers des domaines aussi divers que la génétique, la clinique, la biochimie, l’orthopédie, la pharmacologie, la rééducation.

Deux fois par an, l’AFSR réactualise ses appels d’offres afin de définir les nouvelles orientations. L’AFSR soutient tout particulièrement, et pour un montant maximal de 30.000 euros par projet, ceux concernant :

  1. les recherches moléculaires et biochimiques dans le syndrome de Rett
  2. les études des mécanismes physiopathologiques du gène Mecp2
  3. l’amélioration des soins et qualité de vie y compris dans des axes paramédicaux et éducatifs
  4. les approches thérapeutiques
  5. l’évaluation des différents problèmes cliniques.

Appel à projet en cours

Essais thérapeutiques en cours

Prise en charge paramédicale

L’ensemble des fonctions de la personne atteinte du syndrome de Rett est souvent entravé par les troubles moteurs de type ataxie/apraxie de la marche, stéréotypies des mains et préhension altérée. Le développement des potentialités existantes à imiter, percevoir, communiquer s’en trouve limité, et ce malgré son envie de faire.

Il est important de fixer les trois axes de rééducation prioritaires :

  • L’acquisition ou le maintien de la marche,
  • L’exercice des compétences manuelles et d’une dominance manuelle,
  • Le développement des moyens de communication supplétifs à l’absence de langage oral.

sont abordés de façon combinée en kinésithérapie, en psychomotricité, en ergothérapie, en orthophonie et au cours de séances d’échange et de développement.

Compléter ces rééducations par d’autres types de prises en charge comme la musique, la piscine, le poney, l’éveil sensoriel snoezelen, apporte confort, apaisement diminution de l’agitation et contribuent à l’épanouissement de la personne atteinte du syndrome de Rett.

Prise en charge médicale

Dans le parcours des enfants atteintes du syndrome de Rett et dans celui de leur famille, le neuropédiatre se trouve souvent à la croisée de quatre missions :

  • L’établissement du diagnostic.
  • La mise en place et la coordination des soins.
  • L’identification de troubles comportementaux non spécifiques et le repérage de leur signification.
  • L’accompagnement psychologique et social des familles.

La mise en place et la coordination des soins

Le neuropédiatre est souvent le spécialiste dont le lieu d’exercice se trouve le plus proche du domicile de la famille. Il devient ainsi l’interlocuteur pivot des différents intervenants auprès de l’enfant (médecins, professionnels paramédicaux, établissements spécialisés). Cette deuxième mission du pédopsychiatre consiste :

  • A établir un état des lieux, d’une part des déficits de l’enfant, de leur sévérité tout en tenant compte de son âge chronologique,et d’autre part de ses potentialités préservées sur lesquelles les différentes rééducations à engager pourront s’appuyer.
  • A ajuster, au vu de l’évaluation des compétences, des déficiences et des malformations à corriger, les soins à mettre en place, en fonction des infrastructures disponibles à proximité du lieu d’habitation de la famille.
  • A constamment rediscuter l’adéquation entre rééducations et structures susceptibles de les dispenser, en fonction de l’avancée en âge de l’enfant et de la survenue de complications nouvelles au cours de l’évolution (scoliose, épilepsie, perte partielle ou complète de la marche).

Les approches thérapeutiques dans le syndrome de Rett

Les prises en charge : Médicales, paramédicales et éducatives

Au-delà des spécificités cliniques du syndrome de Rett, la prise en charge des fillettes et futures adultes qui en sont atteintes recoupe bon nombre de modalités communes à tous les handicaps sévères et évolutifs précocement installés dans la vie du sujet.
Elle requiert un travail coopératif et constamment coordonné entre les différents professionnels médicaux et paramédicaux concernés.

L’accompagnement psychologique des familles contribue incontestablement, avec des degrés variables selon les situations, à rendre plus supportable le handicap dans ses représentations sociales et intimes et par ricochet à améliorer le confort de vie de l’enfant handicapée elle-même, mieux comprise par son entourage.

A l’annonce du diagnostic de syndrome de Rett, les professionnels ne peuvent pas présager de l’avenir et de l’évolution de la maladie, mais assistent l’enfant et sa famille dans leur montée d’un « escalier », qu’ils graviront marche après marche, à distance de l’idée qu’il faudrait en atteindre tous les paliers.

Critères de diagnostic

Les critères du syndrome de Rett typique ou classique

Le syndrome de Rett est un « concept clinique », qui repose sur l’association de caractéristiques cliniques coexistant chez une même patiente, une séquence d’évolution particulière, et l’exclusion de certains diagnostics différentiels {Hagberg, 1994 #247 ; 1988 #248}. Ces caractéristiques ont été définies par Hagberg dans les années 80 pour les formes typiques ou classiques (3⁄4 de cas) et dans les années 90 pour les formes atypiques ou variantes (1⁄4 des cas) et récemment révisées en 2010 (Tableau 1). L’un des critères essentiels du syndrome de Rett classique est la perte documentée, habituellement entre 1 et 2 ans, d’acquis psychomoteurs, tels que l’utilisation des mains, le babillage et les capacités de communication. Cette période de régression qui peut durer quelques semaines à quelques mois, est suivie d’une période de « réveil », où on assiste à une récupération relative des capacités de communication visuelle. Ces éléments permettent de différencier fondamentalement le syndrome de Rett des pathologies dégénératives progressives du système nerveux central. On distingue des critères nécessaires, accessoires ou d’appui au diagnostic et des critères d’exclusion.

Critères de diagnostic du Syndrome de Rett 2010

Envisager le diagnostic quand il existe une décélération postnatale de la croissance du périmètre crânien.

  • Critères nécessaires pour le diagnostic de Rett typique ou classique
    • Une période de régression suivie par une phase de récupération ou de stabilisation *
    • Tous les critères principaux et tous les critères d’exclusion
    • Les critères de soutien ne sont pas requis, bien que souvent présents dans le RTT typique
  • Critères nécessaires pour le diagnostic de Rett atypique ou variant
    • Une période de régression suivie d’une phase de récupération ou de stabilisation *
    • Au minimum 2 des 4 critères majeurs
    • Au minimum 5 des 11 critères accessoires
  • Critères majeurs
    • Perte partielle ou complète de l’utilisation volontaire des mains
    • Perte partielle ou complète du langage oral **
    • Troubles de la marche : Instable (dyspraxique) ou absence de capacité
    • Stéréotypies manuelles caractéristiques: pression/torsion, applaudissement, frottement/lavage des mains
  • Critères d’exclusion pour le diagnostic de Rett typique ou classique
    • Lésions cérébrales d’origine périnatale ou postnatale, troubles métaboliques ou maladie neurologique progressive ***
    • Développement psychomoteur anormal pendant les 6 premiers mois de vie ****
  • Critères accessoires *****
    • Dysfonctionnement respiratoire avec des épisodes d’apnée pendant la veille, d’hyperventilation intermittente, d’épisodes de blocage de la respiration, d’expulsion forcée d’air ou de salive
    • Bruxisme pendant la veille
    • Troubles du sommeil
    • Troubles du tonus
    • Troubles vasomoteurs
    • Scoliose / cyphose
    • Retard de croissance
    • Mains et pieds petits, hypotrophiques
    • Rires ou accès de cris ou de pleurs inappropriés
    • Diminution de la sensibilité à la douleur
    • Communication par le regard intense – “eye pointing”

* Étant donné que les mutations dans MECP2 sont parfois identifiées chez des enfants avant la régression, on parle d’un diagnostic de Rett « possible », chez les enfants de moins de 3 ans qui n’ont pas présenté de régression, mais qui présentent d’autres signes évocateurs de Rett. Ces enfants doivent être évalués tous les 6 mois. Si une régression se manifeste, le diagnostic de Rett est « définitif ». Toutefois, si un enfant ne présente pas de régression avant 5 ans, le diagnostic de Rett doit être discuté.
** La perte du langage acquis porte sur le niveau acquis avant la régression, babillage, bissyllabisme ou mots, ou phrases.
*** Il est impératif d’exclure toute pathologie neurologique infectieuse, traumatique ou métabolique ou dégénérative (par un examen clinique, et une imagerie scanner ou IRM).
**** On parle de retard majeur des acquisitions psychomotrices (absence de tenue de tête, absence de sourire réponse, troubles de déglutition). Une hypotonie modérée et un décalage des acquisitions dans le Rett et ne constitue pas un critère d’exclusion
***** Il s’agit de signes cliniques que l’enfant a présentés un jour et pas nécessairement au moment de la consultation. Une large proportion des critères accessoires dépendent de l’âge, et peuvent être très prévalents en fonction de l’âge. De ce fait, le diagnostic de Rett atypique est parfois plus difficile à établir chez les plus petits.
Chez les plus petites (< 5 ans) qui ont présenté une période de régression et ≥ 2 critères majeurs, et qui n’ont pas 5/11 critères accessoires, on parle de « Rett atypique probable ». Ces enfants doivent être réévalués régulièrement.

La séquence évolutive

Ces différents signes permettant de suspecter le diagnostic s’inscrivent dans un profil évolutif particulier caractéristique de l’affection.

 

Stade I

  • Stagnation d’apparition précoce
  • Début : entre 6 et 18 mois
  • Arrêt ou stagnation du développement psychomoteur
  • Diminution de l’intérêt pour les jeux
  • Hypotonie
  • Ralentissement de la croissance céphalique
  • Durée : plusieurs mois

Stade III

  • Stabilisation apparente pseudo-stationnaire : Phase de « réveil »
  • Début : entre 2 et 10 ans
  • Récupération d’un contact visuel et régression des manifestations autistiques
  • Stéréotypies manuelles caractéristiques, apraxie/dyspraxie manuelle prédominante
  • Régression motrice lente avec pseudo-marche, spasticité, ataxie, apraxie
  • Durée : quelques mois à années

Stade II

  • Régression rapide
  • Début:entre1et4ans
  • Régression des capacités de communication avec manifestations autistiques, détérioration du comportement, automutilation, perte de l’usage des mains, du babillage / langage
  • Stéréotypies manuelles
  • Convulsions (15 %)
  • Durée : quelques semaines à mois

Stade IV

  • Évolution tardive
  • Après 10 ans.
  • Détérioration de la motricité avec perte de la marche
  • Scoliose, atrophie musculaire
  • Syndrome pyramidal et extrapyramidal marqué
  • Retard de croissance
  • Troubles trophiques
  • Amélioration du contact visuel
  • Absence de langage
  • Épilepsie moins sévère
  • Durée : plusieurs années

Ainsi, 4 périodes se succèdent après une « phase silencieuse » où le développe- ment est normal. Une première phase de stagnation précoce qui débute entre 6 et 18 mois. Habituellement, cette phase dure quelques semaines à quelques mois et se caractérise par un retard des acquisitions psychomotrices, mais sans réelle régression. La seconde phase de « régression neurologique rapide », entre 1 et 4 ans. Cette phase peut être très rapide et durer quelques jours à semaines, mais peut aussi se prolonger pendant plusieurs mois. La régres- sion touche les acquisitions motrices et mentales, et s’associe à une perte très caractéristique d’utilisation des mains coïncidant avec l’apparition de stéréo- typies manuelles. À ce stade, le principal diagnostic différentiel est l’autisme infantile. La troisième phase dite « pseudo-stationnaire », ou de stabilisation apparente qui débute entre 2 et 10 ans, concerne essentiellement les filles ayant acquis la marche. En effet, durant cette période, on assiste à une régres- sion de certaines aptitudes motrices, comme la marche, alors qu’il existe une récupération relative des capacités de communication (contact visuel, notam- ment) et une diminution des traits autistiques. Toutefois, la majorité des filles Rett garde une « pseudo-marche » (qui ressemble à une déambulation de type pyramidale) jusqu’à l’âge adulte. La quatrième phase de « détérioration motrice tardive » débute à partir de l’âge de 10 ans. Pour les filles n’ayant jamais acquis la marche, elles passent directement du stade 2 à 4. Cette phase se caractérise, pour les enfants ayant marché, par une perte de la marche, et l’apparition de nouveaux symptômes spécifiques et invalidants, tels que les troubles du tonus (dystonie, hypotonie) et des déformations squelettiques (principalement une scoliose). En revanche, malgré cette régression motrice, le contact visuel et la socialisation sont conservés pendant toute la période adulte.

Les formes atypiques du syndrome de Rett

Une grande variété des formes atypiques ou variantes du Rett ont été identifiées sur la base de signes cliniques et évolutifs communs. Ces formes répondent à des critères cliniques tout comme la forme classique ou typique.
Les plus fréquentes et reconnaissables sont : la forme avec préservation du langage, la forme congénitale la plus grave qui se présente comme une encéphalopathie précoce, sans phase de développement normal et une forme avec une épilepsie sévère et précoce (< 6 mois). Alors que la forme avec préservation du langage est le plus souvent liée à des mutations dans MECP2, les causes génétiques des formes congénitales et avec épilepsie précoces sont distinctes. Ainsi des mutations dans CDKL5 rendent compte des formes avec épilepsie précoce, alors que des mutations dans FOXG1 ont été identifiées dans des formes congénitales.

Plus de 10 ans après la découverte de l’association des mutations dans MECP2 et le syndrome de Rett typique, ces « nouveaux critères » permettent une clarification des diagnostics cliniques et donnent un cadre pour les formes atypiques ou variantes.
Avec l’avancée rapide des connaissances sur le syndrome de Rett, l’augmentation croissante des diagnostics précoces par la mise en évidence de mutations dans MECP2 chez des enfants qui ne présentaient pas l’ensemble des critères de la maladie (selon les critères de 2002), la révision des critères du diagnostic des formes typiques et variantes était devenue impérative.
Ainsi, avec la définition de situations telles que les syndromes de Rett « probables » et la nécessité de réévaluer les critères régulièrement jusqu’à ce que l’enfant réponde bien à la définition du Rett typique, les cliniciens et les familles ont des répères plus précis dans cette maladie développementale qui a malgré tout une évolution caractéristique. En outre, ces critères ont l’avantage majeur de définir des populations homogènes pour l’inclusion dans des études cliniques et des essais thérapeutiques.

Pr Nadia Bahi-Buisson
Neuropédiatre

Professeur Bahi-Buisson ne présente aucun conflit d’intérêt financier avec l’industrie pharmaceutique ou laboratoire ou fabriquant.

Définition

Le syndrome de Rett est une maladie génétique rare qui se développe chez le très jeune enfant, principalement la fille, et provoque un handicap mental et des atteintes motrices sévères. C’est la première cause de polyhandicap d’origine génétique en France chez les filles.
Les principales manifestations de la maladie :
Période d’évolution normale durant 6 à 18 mois puis période de régression avec apparition de :

  • Perte de l’utilisation volontaire des mains entre 6 mois et 30 mois et mise en place de stéréotypies des mains ;
  • Perte ou défaut d’acquisition de la marche ou marche robotisée ;
  • Troubles de la communication et retrait social dès la petite enfance ;
  • Détérioration du comportement, manifestations autistiques ;
  • Altérations sévères du langage et retard psychomoteur ;
  • Retard mental sévère ;
  • Crises d’épilepsie ;
  • Troubles respiratoires ;
  • Déformations orthopédiques ;
  • Ostéoporose…

Aucune personne ne conserve de langage, seulement 20% des patientes conservent la marche et la quasi-totalité ont besoin d’appareillages : fauteuils, corsets, attelles, verticalisateurs…
Il n’existe à ce jour aucun traitement curatif. La prise en charge repose sur une rééducation pluridisciplinaire quotidienne et sur le traitement spécifique de certains symptômes de la maladie (ostéoporose, épilepsie, scoliose, troubles ventilatoires…).

Le syndrome de Rett par le Pr Nadia Bahi-Buisson, Neuropédiatre

Le syndrome de Rett typique (MIM #312 750) est une encéphalopathie neurodéveloppementale très particulière, touchant essentiellement les filles, caractérisée, dans sa forme typique, par une décélération globale du développement psychomoteur, puis d’une perte des acquisitions cognitives et motrices, survenant après une période de développement normal. Il constitue la principale cause de retard mental chez la fille, avec une prévalence variable de 1/10 000 à 1/22 000 naissance féminine dans les différentes régions du monde. Le diagnostic clinique repose sur des critères cliniques qui ont été modifiés avec les années avec l’accroissement des connaissances sur les symptômes de la maladie. Malgré tout, les éléments clés du diagnostic sont toujours présents qui permettent de poser le diagnostic de syndrome de Rett typique ou classique.
Parallèlement au syndrome de Rett typique, un certain nombre de patientes présentaient certains symptômes clés du Rett, mais pas l’ensemble des signes de la maladie. Ces formes ont été dénommées « Rett atypiques ou variantes ». Selon les symptômes associés, on a ainsi pu définir 3 formes facilement reconnaissables : la forme avec préservation du langage, la forme avec épilepsie précoce et la forme congénitale.
En 1999, des mutations dans le gène codant pour Methyl-CpG-binding protein 2 (MECP2) ont été identifiées dans d’exceptionnelles formes familiales du syndrome de Rett et validées dans des formes sporadiques. Aujourd’hui on sait que les mutations et délétions de MECP2 sont retrouvées dans 95 à 97 % des cas des formes typiques. Par contraste, dans les formes atypiques ou variantes, on ne retrouve une mutation de MECP2 que dans 50-70 % des cas. Plus récemment des mutations dans d’autres loci que celui de MECP2 ont été identifiées dans des formes atypiques de Rett. Parmi celles-ci, des mutations dans CDKL5 ont été identifiées dans les formes atypiques avec épilepsie précoce. De la même manière, des mutations dans FOXG1 ont été retrouvées chez des enfants porteurs de formes congénitales.

Pr Nadia Bahi-Buisson
Neuropédiatre

Professeur Bahi-Buisson ne présente aucun conflit d’intérêt financier avec l’industrie pharmaceutique ou laboratoire ou fabriquant.